Ce jour-là, moi, Houéfa, brillante élève de CM1 à Djrado, au sud est du pays.
Le jour où ma vie a basculé.
Jamais je n’oublierai.
Je me souviens comme si c’était hier.
Le soleil haut dans le ciel.
Une chaleur étouffante dans la classe.
Et moi au tableau, concentrée sur une opération de calcul.
J’adorais ces moments : mes camarades me regardant avec admiration, et dans mon cœur je rêvais déjà de devenir médecin.
Ce jour là donc, mon monde a basculé.
En plein mileu du cours, la porte s’est ouverte brutalement.
Trois personnes se tiennent à la porte: Mon oncle, le grand frère de mon père qui est arrivé du village la veille et que j’ai laissé à la maison, en plein conciliabule avec mon père, et deux hommes que je ne connais pas.
Trois hommes au regard méchant.😡
Surprise!
Stupeur!
Silence lourd!
Qu’est ce qui se passe?
La maîtresse, comme si elle vient de retrouver ses esprits se précipite et se place entre mon oncle et moi:
— << Houéfa, viens tout de suite. » joignant le geste à la parole, elle me tire vers elle, regarde mon oncle et murmure d’une voix presque larmoyante.
— « Mais… elle est en plein cours… »
Mon oncle la regarde, et sans un mot, s’avance, m’attrape par le bras et me traîne dehors, les deux acolytes à sa suite.
Pendant que je me débattais, j’ai eu le temps de voir et d’entendre la maîtresse et mes camarades crier derrière eux, les yeux ronds d’inquiétude et de peur.
Cela sest passé tellement vite!
Mon cahier est resté ouvert sur ma table, la craie toujours entre mes doigts, je me suis retrouvée dans un véhicule, roulant vers une destination inconnue, sans mon oncle qui est descendu en cours de route.
Je ne vous raconte pas la suite, cette deuxième partie d’une vie que je croyais déjà planifiée, tracée.
C’est par la petite soeur de mon père que j’ai su au milieu de la nuit, quand nous sommes arrivés à destination que je suis désormais mariée à un inconnu que je ne verrai que le lendemain matin.
Elle m’a fait asseoir à côté d’elle sur la natte et :
— « Prépare-toi, ma fille. Aujourd’hui, tu es devenue femme. Tu es ici chez ton mari. »
J’avais 12 ans,
J’étais une enfant,
avec une forte envie d’étudier, de jouer.
(…)
Enfance disparue!
Vie brisée!
Plus de rêve en blouse blanche!
De temps en temps, une docteure qui sauve des vies et qui me ressemble beaucoup vient troubler mon sommeil.
Mais tout ça, c’est dans une autre vie.
Les enfants ont des droits!
L’éducation est un droit!
Ils ont dû oublier d’informer beaucoup de parents dans certaines régions parce que cette chose continue ça et là malgré la loi!
Moi Houéfa, Aujourd’hui madame X, je me bats pour que ça cesse, pour qu’on laisse à nos filles leur enfance, leur adolescence, leur jeunesse.
Je me bats pour qu’on leur laisse le droit de choisir, de décider.
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