L’inceste, le silence qui tue
Je me souviens de ma camarade de classe, mon amie, Cica, la plus brillante de la classe. Toujours souriante, elle brille sans effort dans toutes les matières; toujours prête à aider et à rire… elle illumine tout autour d’elle.
J’étais fière d’être son amie la plus proche, et je l’admirais profondément.
Mais sans que je comprenne pourquoi, Cica a commencé à changer sous nos yeux.
Ses regards, naguère plein de vie, semblent désormais perdus, vides.
Elle est souvent malade : fièvres, migraines, vomissements, insomnies, douleurs au ventre, etc.
Elle allait très souvent au centre de santé non loin de l’école….sans succès. Impossible de dire ce qu’elle a, à part cette souffrance dans ses yeux quand par moment elle relève la tête.
Les camarades, les professeurs, tout le monde est inquiet.
Elle ne vient plus chez nous à la maison depuis que maman a voulu lui parler.
Je sais, je sens qu’il se passe quelque chose. Alors je demande tous les jours,
Je la pousse, doucement, gentiment au début, puis avec insistance. « Cica, parle moi, dis moi ce qui se passe…
Tu peux me dire ce qui ne va pas. Nous sommes des amies, n’est ce pas?
Je suis là pour toi… »
Cica secoue la tête, détourne le regard, murmure sans grande conviction, des larmes aux yeux, que ce n’est rien,que tout va bien…
Je sens à son tremblement, la peur qui la paralyse.
J’ai insisté, jusqu’au moment où un jour, elle a fondu en larmes.
D’une voix tremblante, à peine audible : « C’est mon père… il… il me touche… il me fait du mal….. il dit que c’est notre secret…
Mais, j’ai si mal et…
Je sais que si je parle, il ira en prison…
J’ai essayé de parler à maman. Elle m’a dit d’arrêter ça.
Pendant qu’elle parle, hésitante, ses mains cherchent les miennes. Elle les serrent dans les siennes.
Quand finalement elle en a parlé à sa tante, elle a été frappée, menacée, humiliée avec obligation de garder le silence.
Moi non plus, je ne devais pas en parler.
Le silence, pendant des années, parce que sa famille a exigé que personne ne sache.
Je la tenais contre moi, essayant de retenir mes propres larmes, mais je savais qu’il n’y avait rien que je puisse faire pour effacer tout ce qu’elle avait subi.
Chaque sourire qu’elle m’offrait était une bataille contre cette horreur silencieuse.
Chaque nuit passée seule, tremblante sous ses couvertures,
chaque menace,
chaque coup…
tout cela avait rongé son esprit, jusqu’au jour où elle n’a plus eu la force de continuer.
Elle est morte, seule, enfermée dans un silence que personne n’aurait dû lui imposer.
Elle s’est donné la mort, emportant avec elle tout ce qu’elle était : sa joie de vivre, son intelligence, sa lumière, son avenir si prometteur.
Je me dis souvent que si elle avait parlé, si elle avait eu quelqu’un pour la soutenir, pour la protéger,
Si j’avais parlé,
peut-être que son calvaire aurait pris fin, Peut-être qu’elle serait encore parmi nous.
J’ai compris que l’inceste se nourrit du silence, de nos silences.
Derrière les portes closes, à la maison, à l’église, à la mosquée, etc, des familles, des adultes demandent à l’enfant qui a besoin de protection, de se taire, de protéger l’adulte prédateur/trice, de porter le poids de la honte, de la dépression, de la santé mentale tout seul…dans le silence.
Et ce silence tue, lentement, impitoyablement.
Cica n’est plus là, mais son histoire doit être entendue.
Pour qu’aucun autre enfant ne se taise par peur,
pour que personne d’autre ne disparaisse dans l’ombre de l’innommable.
Cc Speak Up Africa Roajelf Bénin
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