Rouge sans honte (Flora DOMENIS)
Ces derniers temps, on parle beaucoup de la santé menstruelle, de la stigmatisation et des difficultés d’hygiène auxquelles sont confrontées des millions de filles à travers le monde, privées d’accès à des services essentiels comme l’eau. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment se fait-il que, sur le continent Africain qui a inventé l’hygiène, la médecine et la chirurgie, nos jeunes filles soient aujourd’hui confrontées à un tel manque ? Comment se fait-il que nos cultures matriarcales nous aient laissés tomber au point où les filles ont du mal à prendre soin d’elles-mêmes ? Les recherches en ligne sur l’hygiène menstruelle nous rappellent le handicap que représente le manque d’accessoires appropriés pour les jeunes élèves. La stigmatisation et le manque d’hygiène empêchent les élèves d’aller à l’école pendant leurs règles. La multitude d’ONG distribuant des serviettes hygiéniques, sponsorisées par de grandes entreprises, semble être une solution miracle, mais hélas insuffisante voire problématique sur ce sujet. Ces produits hygiéniques sont-ils bons pour l’environnement ? Comment les éliminer correctement dans des environnements où la gestion des déchets est défaillante ? Dans un monde de plus en plus soucieux de l’environnement, nous devrions aborder l’hygiène féminine en Afrique sous un angle différent de la simple distribution de serviettes hygiéniques. Nous devons aussi aborder réellement la question de la stigmatisation liée aux menstruations en encourageant les femmes à penser comme la publicité le suggère : leurs règles ne doivent pas perturber leur productivité et leur emploi du temps chargé ! Il est important d’aborder ces sujets d’un point de vue afro-centrique afin d’apporter des solutions durables. La société actuelle, attend des femmes qu’elles soient productives. Bien qu’elles ne puissent plus se soustraire à cette attente, il est important de se rappeler ce qu’elles sacrifient et abandonnent pour y parvenir: le Cycle Naturel. Les mots clés ici sont Nature et Cycle. La vie moderne ne suit pas le rythme de la Nature et les Cycles ne font pas partie de notre société linéaire, pyramidale et patriarcale. Les femmes fonctionnent selon le cycle lunaire de 28 jours, et non selon le calendrier solaire des jours ouvrables. De nombreuses traditions africaines reposaient sur une semaine de 4 jours, avec des jours de marché, des journées au champs, des festivités et des rituels lunaires. Ce cycle était bien plus proche du ventres de nos mères. Il est donc important d’explorer ces traditions et de comprendre la science qui les sous-tend. Les calendriers lunaires étaient bien plus précis que les calendriers solaires modernes et ne nécessitaient pas de corrections des années bissextiles. Les femmes devraient apprendre à apprécier la beauté de leur cycle et à ne pas avoir honte de l’honorer en privilégiant leur corps plutôt que leur productivité. Si nous étions vraiment cohérentes avec nos droits en tant que femmes, nous exigerions le respect de nos cycles. Malheureusement, nous vivons dans un monde d’hommes, qui pourtant, ne tourne que grâce aux femmes. Il est donc essentiel de trouver un équilibre, ou du moins d’en tenir compte. La même attention devrait être portée aux produits que nous utilisons dans le cadre de notre routine d’hygiène. En Occident, on accorde aujourd’hui beaucoup d’importance aux serviettes hygiéniques en coton biologique et 100% biodégradables, aux coupes menstruelles et même aux éponges menstruelles. Ces produits devraient également être disponibles et accessibles en Afrique, compte tenu des lacunes en matière de gestion des déchets, notamment dans les zones rurales, il est regrettable qu’au Bénin, pays grand producteur de coton, nous ne produisions pas nos propres serviettes hygiéniques écologiques et biodégradables. Une autre option semble être la coupe menstruelle. Fabriquée à partir de silicones de différentes qualités, et beaucoup la voient comme une alternative sure et écologique aux tampons et autres serviettes: une coupe est généralement à vie. Il n’est donc pas nécessaire d’en acheter une nouvelle à chaque utilisation : il suffit de la vider, de la rincer et de la réutiliser. Néanmoins des voix s’élèvent de plus en plus pour relever les risques liés à son utilisation. Vigilance donc!!! L’utilisation d’éponges est similaire et très répandue dans les régions méditerranéennes. Bien sûr, les deux dernières options comme les précédentes, nécessitent un accès à l’eau potable, au savon ou à d’autres nettoyants naturels comme l’alun (largement disponible ici en Afrique de l’Ouest). L’hygiène et l’eau vont de pair. C’est pourquoi, il est important qu’en 2025, chaque fille et chaque femme ait accès à l’eau potable. Il est également important que les femmes ayant leurs règles aient accès à des toilettes et/ou à des salles de bain propres. Ce sont des besoins fondamentaux qui devraient être satisfaits par les individus, les familles, les collectivités, voire les gouvernements comme service public. Enfin, il est important que chaque fille ait une mère, un.e ainée ou au moins une tante, qui lui rappelle l’importance d’être une femme,le caractère naturel et la bénédiction des règles ainsi que leur signification. Il faut lui rappeler les responsabilités que cette étape de la vie, impliquent et le pouvoir qu’elles confèrent. Il faudrait leur rappeler, aux filles et aux femmes, qu’elles ont été couronnées Reines et qu’elles doivent se comporter en conséquence. Il faut leur rappeler que leur souveraineté commence par leur corps, qu’elles doivent en prendre soin et se purifier (se laver) régulièrement. Il faut rappeler aussi que si certaines traditions exigent que les femmes restent à l’écart pendant leurs règles, ce n’est pas parce qu’elles sont impures, mais plutôt parce qu’elles ont un pouvoir incontrôlable. Pendant ses menstrues, une femme se charge magnétiquement ; ce qui fait que son environnement réagit différemment à elle. Ses aliments peuvent ne pas cuire de la même manière et son intuition et ses prières peuvent être plus aiguës. Il y a beaucoup de choses que la science n’a toujours pas découvertes sur le magnétisme, mais nos ancêtres en savaient beaucoup plus. Aujourd’hui, ces informations ont été perdues et remplacées tout simplement par les mots « éloignez-vous ». Les femmes devraient se rappeler de leur pouvoir et apprendre à prendre soin de leur corps, leur véritable temple. Ainsi, nous reconnaîtrons à nouveau nos cycles naturels et n’hésiterons plus à prendre un jour ou deux de pause pour nous reposer et nous reconnecter. Femmes, aimons notre corps, aimons notre pouvoir. Là où une femme est respectée, la paix règne – Proverbe congolais Flora Domenis, Thérapeute de psychologie et médicine indigène,
Fondatrice de Golden Legacy ONG pour l’épanouissement d’une nouvelle génération d’Africains et la renaissance des cultures Africains